Métier & réglementation

Recruter un moniteur d’équitation — et le garder plus d’une saison

Le recrutement d’un enseignant est le sujet dont les gérants d’écurie parlent le plus entre eux, et celui sur lequel ils s’y prennent le plus tard. Un moniteur se cherche en février pour septembre, pas en août pour la rentrée. Et une fois recruté, le vrai sujet n’est plus de le trouver : c’est de ne pas le perdre au bout d’une saison.

Par Tom Guillemin · · 4 min de lecture

Un marché tendu, et qui le reste

Poser le décor évite de se croire seul : les enseignants diplômés sont peu nombreux au regard du nombre de structures, les salaires du secteur restent bas, les horaires sont décalés, et l’usure physique est réelle. Beaucoup quittent le métier après quelques années.

Conséquence directe : sur une annonce, vous n’êtes pas en train de choisir parmi vingt candidats. Vous êtes en train de convaincre l’un des trois qui vous répondront. C’est un renversement qu’il vaut mieux intégrer avant d’écrire l’annonce.

Ce que la loi exige, avant tout le reste

Encadrer l’équitation contre rémunération suppose un diplôme professionnel inscrit au répertoire national — la filière de référence étant le BPJEPS mention activités équestres, avec des niveaux supérieurs pour l’entraînement et la direction.

Trois vérifications à faire avant la signature, pas après :

  • Le diplôme, dans sa version originale, et la mention exacte : les prérogatives ne sont pas les mêmes selon la spécialité.
  • La carte professionnelle d’éducateur sportif, en cours de validité. Elle découle d’une déclaration auprès du service départemental en charge des sports, et elle se renouvelle.
  • L’honorabilité : la déclaration donne lieu à un contrôle, obligatoire pour l’encadrement, en particulier auprès de mineurs.

Employer quelqu’un sans ces pièces vous expose personnellement, et votre assureur s’en servira le jour d’un accident.

Où chercher, dans l’ordre d’efficacité

  1. Vos anciens cavaliers. Le vivier le plus négligé et de loin le meilleur : quelqu’un qui a grandi dans votre écurie connaît la cavalerie, les familles et vos habitudes. Repérez les galops 6-7 qui aiment transmettre, et parlez-leur de la filière deux ans avant.
  2. Les centres de formation de votre région. Les stagiaires en apprentissage deviennent les salariés de l’année suivante — c’est la voie la plus fiable pour un recrutement de septembre.
  3. Le bouche-à-oreille professionnel. Les gérants se connaissent, et un enseignant qui cherche à bouger le fait savoir avant de publier quoi que ce soit.
  4. Les groupes professionnels en ligne et les offres d’emploi spécialisées. Ça marche, mais vous y êtes en concurrence frontale avec toutes les autres écuries au même moment.
Le calendrier

Les enseignants se décident entre février et mai pour la rentrée suivante. Une annonce publiée en août ne vise plus que ceux qui n’ont rien trouvé — ce qui est rarement bon signe.

Écrire une annonce qui ne fait pas fuir

Les annonces du secteur se ressemblent toutes, et elles omettent systématiquement ce que le candidat veut savoir. Dites :

  • Le volume horaire réel, en distinguant les heures d’enseignement des heures de soins et d’entretien. Un « temps plein » où vingt heures sont du curage n’est pas le même métier.
  • Les publics : baby-poney, scolaires, adultes, compétition. Tout le monde n’aime pas enseigner aux mêmes.
  • La cavalerie : nombre de chevaux et de poneys, état, âge moyen. Un enseignant sait ce que cela dit de la structure.
  • Les installations : manège couvert ou non, c’est la première question posée en entretien dans la moitié nord du pays.
  • Le salaire, ou au moins une fourchette. Une annonce sans rémunération est perçue comme une annonce mal payée.
  • Le logement, s’il y en a un. Dans beaucoup de secteurs ruraux, c’est l’argument décisif.

L’entretien : faire monter, pas seulement parler

Un entretien assis ne dit presque rien. Faites faire une séance d’essai rémunérée, avec un vrai groupe, et observez :

  • Comment il installe la séance et gère le matériel avant d’avoir dit un mot.
  • S’il parle à tous les cavaliers ou seulement aux deux meilleurs.
  • Ce qu’il fait quand un cheval ou un cavalier sort du cadre prévu.
  • Sa façon de corriger : un enseignant qui ne dit jamais ce qui va bien ne gardera pas ses élèves.
  • Comment il laisse la carrière et les chevaux après la séance.

Demandez-lui ensuite ce qu’il aurait fait différemment. La réponse en dit plus long que tout le reste de l’entretien.

Pourquoi ils partent au bout d’un an

Les motifs de départ sont remarquablement constants, et l’argent n’arrive pas en tête :

  1. Le flou du poste. Embauché pour enseigner, il passe la moitié de son temps à curer, réparer et répondre au téléphone. Rien n’était faux, mais rien n’avait été dit.
  2. L’absence de marge. Ne rien pouvoir décider — ni la composition des groupes, ni les chevaux, ni la progression — use plus vite qu’un planning chargé.
  3. L’usure. Six jours sur sept, des amplitudes longues, pas de vraie coupure. Ça tient un an.
  4. Le sentiment d’être seul. Dans beaucoup de structures, l’enseignant n’a personne avec qui parler technique.

Quatre choses qui coûtent peu et qui retiennent

  • Écrire la fiche de poste, heures d’enseignement et heures de travaux séparées, et s’y tenir. Si le réel s’en écarte durablement, réécrivez-la — ne laissez pas l’écart s’installer en silence.
  • Donner un vrai domaine. « Tu décides de la composition des groupes et de la progression des galops » change tout, et ne vous coûte rien.
  • Protéger les coupures. Deux jours consécutifs valent mieux que deux jours séparés, et une semaine en janvier vaut mieux qu’une prime.
  • Financer une formation par an. Un stage, un intervenant extérieur, une journée chez un confrère. C’est le signal le plus lisible qu’on ne compte pas l’user.

Ce que l’organisation peut absorber

Une partie de la charge administrative qui pèse sur un enseignant n’a aucune raison de lui revenir : compter les présences, tenir les cartes de leçons, retrouver le niveau d’un cavalier, prévenir un groupe d’une annulation.

Avec MonHaras, les cavaliers s’inscrivent eux-mêmes, la carte se décompte à la participation, le niveau de chacun figure sur sa fiche — consultable aussi par un remplaçant — et l’annulation d’une séance prévient tout le monde d’un clic. Ce sont des heures rendues à l’enseignement, c’est-à-dire au métier pour lequel la personne a été recrutée. Voir les fonctionnalités côté écurie · construire un planning tenable.

Questions fréquentes

Quel diplôme faut-il pour enseigner l’équitation contre rémunération ?

Un diplôme professionnel inscrit au répertoire national — la filière de référence étant le BPJEPS mention activités équestres, avec des niveaux supérieurs pour l’entraînement et la direction de structure. Vérifiez avant la signature le diplôme dans sa version originale, la mention exacte (les prérogatives en dépendent) et la carte professionnelle d’éducateur sportif en cours de validité.

À quel moment de l’année faut-il recruter ?

Entre février et mai pour une prise de poste en septembre. Les enseignants se décident à cette période ; une annonce publiée en août ne touche plus que ceux qui n’ont rien trouvé.

Où trouver un moniteur d’équitation ?

Dans l’ordre d’efficacité : vos anciens cavaliers (le vivier le plus négligé et le meilleur), les centres de formation de votre région dont les apprentis deviennent les salariés de l’année suivante, le bouche-à-oreille entre gérants, puis les offres spécialisées — où vous êtes en concurrence frontale avec toutes les autres structures au même moment.

Pourquoi les moniteurs quittent-ils leur poste si vite ?

Rarement pour le salaire. D’abord le flou du poste — embauché pour enseigner, il passe la moitié de son temps à curer et réparer, sans que rien n’ait été dit. Ensuite l’absence de marge de décision, l’usure des amplitudes longues sans vraie coupure, et le sentiment de n’avoir personne avec qui parler technique.

Comment évaluer un candidat en entretien ?

Faites-lui donner une séance d’essai rémunérée avec un vrai groupe. Observez comment il installe la séance, s’il parle à tous les cavaliers ou seulement aux meilleurs, ce qu’il fait quand un cheval sort du cadre, et comment il laisse la carrière après. Demandez-lui ensuite ce qu’il aurait fait différemment : la réponse en dit plus que tout l’entretien.